Qu’est-ce
qui se passe devant nos yeux, et qu’est-ce qui se passe hors-champ ? Ce
qui se passe devant nos yeux, collectivement, à travers le filmage et
diffusion, est-il la même chose qui se passe hors-champ ? Comment refaire
la vérité des faits à partir de la combinaison de ce qu’on voit directement et
de ce qu’on voit de sources indirectes ? La vérité est-elle à l’intérieur
de chez nous, dans la rue, ou cachée derrière les murs de nos maisons et dans
les cachètes de notre vie privée et passé ?
Hors-champ
nous pose toutes ces questions sous forme d’un spectacle-dance qui croise la
tradition du Tanztheater de Pina
Bausch avec celle des premiers des spectacles des Fura dels Baus, et encore des échos de Persona de Bergman. Trois hommes et deux femmes jouent des secrets, des
possibles infidélités et, surtout, des méfiances et des confrontations, entre
la scène qui se voit et la scène qui est cachée, d’abord, et puis les coulisses
qui deviennent scène et la scène qui réapparait en coulisse, filmée et
reproduite. Des images filmées, desquelles on se demande si elles reproduisent
ce qui se passe en direct, ou si elles ont été fabriquées pour nous tromper, ou
alors pour tromper les personnages eux-mêmes. Des rapports de jeu de pouvoir
qui aboutissent à la violence, voire au viol, la répression, l’interrogatoire,
et la tromperie. Le tout, avec des références subtiles d’actualité ou d’histoire
récente, qu’on pourrait projeter sur la guerre des Balkans des années 90, à la
Syrie, à la guerre des drônes, aux exécutions sommaires de l’Etat Islamique, et
à la vigilance digitale totale des services de renseignement contemporains.
Si
quelques-uns des interprètes sont plus intenses et intéressants que d’autres
dans leur danse ou dans leur interprétation (visages, expression émotionnelle) individuelle, leur cohesion collective, la chorégraphie, la scénographie, le son, l’image, et la production, savent former
un tout consistant qui nous laisse tendus, sans souffle, et fascinés du début à
la fin. Le théâtre dansé a décidemment, toujours le pouvoir de nous
interpeller.
Vu à
Bruxelles le 17 Janvier 2015. À nouveau sur scène en Avril-Mai. Une création de
Michèle Noiret et Patric Jean pour le Théâtre National.
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