Monday, 19 January 2015

Hors-Champ

Qu’est-ce qui se passe devant nos yeux, et qu’est-ce qui se passe hors-champ ? Ce qui se passe devant nos yeux, collectivement, à travers le filmage et diffusion, est-il la même chose qui se passe hors-champ ? Comment refaire la vérité des faits à partir de la combinaison de ce qu’on voit directement et de ce qu’on voit de sources indirectes ? La vérité est-elle à l’intérieur de chez nous, dans la rue, ou cachée derrière les murs de nos maisons et dans les cachètes de notre vie privée et passé ?

Hors-champ nous pose toutes ces questions sous forme d’un spectacle-dance qui croise la tradition du Tanztheater de Pina Bausch avec celle des premiers des spectacles des Fura dels Baus, et encore des échos de Persona de Bergman. Trois hommes et deux femmes jouent des secrets, des possibles infidélités et, surtout, des méfiances et des confrontations, entre la scène qui se voit et la scène qui est cachée, d’abord, et puis les coulisses qui deviennent scène et la scène qui réapparait en coulisse, filmée et reproduite. Des images filmées, desquelles on se demande si elles reproduisent ce qui se passe en direct, ou si elles ont été fabriquées pour nous tromper, ou alors pour tromper les personnages eux-mêmes. Des rapports de jeu de pouvoir qui aboutissent à la violence, voire au viol, la répression, l’interrogatoire, et la tromperie. Le tout, avec des références subtiles d’actualité ou d’histoire récente, qu’on pourrait projeter sur la guerre des Balkans des années 90, à la Syrie, à la guerre des drônes, aux exécutions sommaires de l’Etat Islamique, et à la vigilance digitale totale des services de renseignement contemporains.

Si quelques-uns des interprètes sont plus intenses et intéressants que d’autres dans leur danse ou dans leur interprétation (visages, expression émotionnelle) individuelle, leur cohesion collective, la chorégraphie, la scénographie, le son, l’image, et la production, savent former un tout consistant qui nous laisse tendus, sans souffle, et fascinés du début à la fin. Le théâtre dansé a décidemment, toujours le pouvoir de nous interpeller.

Vu à Bruxelles le 17 Janvier 2015. À nouveau sur scène en Avril-Mai. Une création de Michèle Noiret et Patric Jean pour le Théâtre National.


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